Influence versus Contrôle, émergence du fondamentalisme
Ces derniers mois, j’ai énormément appris sur la capacité de l’homme à obtenir ce qu’il veut ou du moins à influencer au maximum ce qui ne dépend pas de lui.
Cela confirme la philosophie de beaucoup d’hommes marquants que j’ai commencée à sérieusement approfondir. À savoir que le monde qui nous entoure n’est pas figé, tout est malléable et on ne peut que sous-estimer le pouvoir de l’attention et de la concentration.
Le monde, quelque part, appartient à ceux qui le prennent. Le monde est changé par ceux qui le changent. Mais prendre le monde ce n’est pas en déposséder autrui, la dimension du réel est infinie. Chacun pourrait prendre le monde sans n’en rien prendre à personne.
Ainsi, il devient vital à l’existence d’être attentif. D’abord à soi, afin de deviner ce qui est vraiment soi et ce qui ne l’est pas. Ce qui nourrit et ce qui épuise. Ce à quoi l’on aspire et ce qu’on veut éviter.
Cette attention concentrée — centrée — permet de construire de nouveau un point de départ, un noyau en soi et de soi.
De là émerge une vraie puissance personnelle à diriger et focaliser. Il revient alors d’être attentif à son environnement direct, de décider et d’agir.
L’être ainsi focalisé dispose d’un pouvoir de transformation sur ce qui l’entoure. Il peut décider d’objectifs à atteindre et influencer la réalité à l’infini dans leur direction.
Il convient de différencier influencer et contrôler.
L’être humain, et probablement toute autre entité non-associable à ce qu’on appellerait Dieu, n’a aucun pouvoir de contrôle. Il est impossible de contrôler quoi que ce soit. Pour la simple et bonne raison que la réalité est infinie. Donc les facteurs modifiant le réel sont eux-mêmes infinis.
À l’image d’un échiquier qui ne connaîtrait pas de bords, et qui ne serait pas non plus limité à deux dimensions. Il y aurait une infinité de cases et une infinité d’acteurs, de joueurs, et tous ne seraient pas équipés des mêmes pièces.
Ainsi, contrôler est impossible, par confrontation d’un agent fini à un univers infini.
Un être ne peut intervenir que sur ses propres coups, il n’est pas en mesure de prédire et anticiper et encore moins de surpasser l’infinité de coups jouables par l’infinité de participants qui modifient sans cesse l’état de la réalité, l’échiquier.
Pour autant, son pouvoir d’influence est lui aussi infini. Car chacun de ses coups, chacune de ses pièces, la moindre de ses décisions, soit-elle d’action ou d’inaction, a par essence une portée de répercussion sur tout autre chose et tout autre instant.
Dans un tel système, la stratégie la plus cohérente à adopter pour un être humain est avant tout de renforcer sa position. Renforcer sa capacité d’action et son influence personnelle sur lui-même et sur toute autre chose qui l’affecte, ce au maximum de ses capacités.
La meilleure philosophie de vie devient assez facilement assimilable à: faire de son mieux.
Et ne pas porter attachement au résultat.
Il faut renforcer du mieux que possible sa capacité d’influence sur son propre monde, ce qui est assimilable à renforcer sa liberté personnelle et qui clarifie le lien entre discipline et liberté. Une plus grande influence — donc liberté — est plus efficacement générée par un certain niveau de discipline personnelle.
Renforcer sa capacité d’influence donc, comme attitude par défaut d’un individu en croissance saine.
Puis orienter cette puissance d’influence de manière focalisée et non-dissipée, au service du rapprochement d’une vision choisie et voulue. L’individu dispose alors d’une capacité hors norme de sculpter le monde selon sa volonté.
Mais attention, sculpter selon sa volonté, ce n’est pas sculpter à l’image de sa volonté. La complexité du réel justifie qu’on ne peut avoir la maîtrise du moindre détail ou même l’assurance du moindre résultat.
L’esprit ne peut contrôler. Il définit une direction et influence, suggère une évolution du réel proche vers cette direction.
Mais pour les raisons établies plus haut il n’a pas de contrôle intelligible sur le navire lui-même ou sur l’océan qui le porte.
Ainsi, s’il peut faire de son mieux et grandement impacter le voyage qui est le sien — autrement dit le mouvement de la réalité qui l’entoure — il reste explorateur dans une mer de variables infinies.
Il ne faut donc pas s’attacher à l’atteinte d’une île spécifique, d’une destination trop précise.
Il faut rester souple en soi-même et agile en la réalité.
Il faut accepter d’abandonner toute notion de contrôle et se résoudre à prendre et vivre simplement ce qui est tout en se renforçant chaque jour et en faisant de son mieux pour influencer la réalité vers celle à laquelle on aspire.
C’est en cette influence que l’humain possède un pouvoir de transformation du réel infini, si tant est qu’il comprend et embrasse l’infinité de toute chose et donc apprend à s’en détacher.
On pourrait parler de stoïcisme génératif, ou productif, quelque chose comme ça.
J’appelle cela le fondamentalisme.
C’est une stratégie et une philosophie de l’existence qui aspire à être fondamentale. Au sens où c’est sur elle que l’être peut se reposer pour bâtir sa vie sur une fondation à la fois minimaliste et inébranlable.