Skydiving with a whale

La porte des reflets

Créer. Osciller entre deux mondes qui paralysent. La frustration ou l’aspiration à créer quelque chose.

L’un empêche l’autre à chaque fois, toujours cette sensation qu’il y a quelque chose qui pourrait être fait sans savoir quoi.

Comme s’il y avait un moi qui existe et que l’on n’arrive pas à identifier ni à toucher du doigt. Il appelle comme une voix dans la brume mais on ne parvient pas à la suivre. Sa provenance reste inconnue, sa direction inaperçue.

Il faut regarder dans le miroir du vide plus longtemps. Il faut faire face à cette incompréhension et essayer de se stabiliser face à elle.

Accepter l’ennui, retirer toutes distractions possibles.

C’est comme se regarder dans un rocher poli et miroitant. Il devrait y avoir un reflet et pourtant on ne voit rien. Alors, on se distrait, on ne plonge pas dans ce rien du tout. Il n’y a rien alors on regarde partout ailleurs et fait tout plein de choses. Tout en vain.

Ce miroir est la voie. Elle est déjà là, la clé. Il faut la fixer. C’est un défi de volonté, d’âme. Accepter d’observer un reflet qui n’existe pas. Il faut s’acharner dessus, c’est la voie.

Certes on ne voit rien, mais ce qu’il y a à voir est là pourtant, juste là. Il faut simplement regarder encore, ne pas détourner le regard. Être patient et ne plus rien attendre.

Alors forcément à la fin la voie s’ouvre et la vision apparaît. Car finalement il ne pouvait y avoir le reflet de rien. Il fallait se créer d’abord. Il faut voir au travers de la glace. Plonger dans l’étreinte glaciale.

Voir au-delà, au plus profond devant, au plus profond en soi.

Comment le décrire avec des mots ? Et comment, surtout, le pratiquer ?

Pourtant tout est là. Un rocher, de l’eau, un miroir. Le reflet froid de l’éternité.

Juste là. Mais où ?

Que faire concrètement ?

C’est une porte verrouillée sans serrure. Si elle s’ouvrait tout paraîtrait infini, mais même le sachant on ne peut vraiment le réaliser.

Il n’y a qu’un moyen de l’ouvrir, de voir enfin le reflet. C’est de disparaître. Le reflet est déjà là. C’est toi qui ne l’es pas. C’est toi qui ne voit pas ce qui est. Tes yeux sont un mirage, pas le reflet vide.

Pour l’ouvrir il faut comprendre et aussi ne plus rien avoir à comprendre. Il faut être la clé, mais il n’y en a pas. Il n’y a pas de porte. Tu es la porte. Rien à voir, rien à ouvrir.

Tout est déjà là, déjà vu, déjà ouvert, déjà parcouru.